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« Le magicien » : Pierre-Louis

Passionné d'art et de culture, Pierre-Louis co-anime des actions organisées par l'association Decumanos pour des jeunes en difficulté. Il sait leur redonner confiance en eux et parvient même à leur faire écrire des poèmes.

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Pierre-Louis, c'est l'homme qui réussit à faire écrire des haïkus à des décrocheurs scolaires. Il intervenait ainsi dans une session baptisée « Mur...Mur(e)s » organisée par l'association Decumanos en 2015. Un peu réticents au départ, les ados se sont lancés et ont rédigé de très beaux petits poèmes de trois vers (cinq syllabes, puis sept puis cinq). « Ils ont tout de suite compris que c'était, comme le rap, une question de rythme et ils y ont pris beaucoup de plaisir. On ne pouvait plus les arrêter, raconte Pierre-Louis qui leur a aussi appris à s'exprimer oralement, à bien se tenir, à faire taire, d'un geste, ceux qui jacassent. Ils ont vite saisi l'utilité de ces nouvelles compétences, pour leur vie scolaire comme pour leur future vie professionnelle. Ils ont aussi appris à maîtriser leurs émotions, à accepter que l'un d'eux soit félicité.

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« Il m’a ouvert les yeux sur mes talents »

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L'aventure avec Decumanos s'est poursuivie en 2018. Barbara Boehm, responsable projets dans cette association et Pierre-Louis animent, à la Mission locale de Paris XVe, des semaines de coaching pour se préparer à l'emploi. Là aussi, le défi est de taille puisqu'il s'agit de remotiver des jeunes en Garantie Jeunes (1). Barbara et Pierre-Louis ont mis au point une méthode originale fondée sur l'intergénérationnel. Chaque jeune est accompagné par un tuteur senior (avis aux amateurs : l'association recherche de nouveaux tuteurs !). Au cours de la semaine les stagiaires rencontrent des professionnels de l'emploi, mais aussi une artiste.

82 jeunes ont suivi ces sessions organisées à la mission locale. Le pari est réussi puisque 99 % des participants tiennent bon et sont présents tous les jours. Ils se montrent bienveillants les uns avec les autres, déterminés à mener à bien toutes les propositions de travail. Les tuteurs les voient se transformer. 25 % d’entre eux trouvent rapidement un emploi et 50 % une formation. Pierre-Louis est l'un des piliers de cette réussite. « C'est un fou de boulot, quelqu'un de profondément humain, à l'écoute de l'autre, raconte Barbara. Il sait écouter et valoriser les jeunes tout en pointant ce qui doit être amélioré. C'est une qualité extraordinaire. » Un stagiaire confirme : « Pierre-Louis a été une figure de mon stage. Sa présence, la passion qu'il porte à l'ensemble, nous a confortés dans l’idée qu’il fallait donner ce qu’on avait. Il nous a emmenés dans sa vague. Il est infatigable et toujours disponible, j'ai beaucoup de respect pour lui. Il m'a ouvert les yeux sur mes talents que je sous-estimais. Le stage m’a donné confiance en moi. »

 

Un expert du monde de l'emploi

D'où lui vient ce talent ? Évidemment de sa riche expérience professionnelle et de sa parfaite connaissance du monde de l'emploi. Pendant une quinzaine d'années, il a été DRH chez Martini où il a côtoyé ouvriers, cadres et représentants dans les usines, les entrepôts et les bistrots. Puis consultant en recrutement et management, puis directeur régional à l'AFPA (Association professionnelle pour la formation des adultes) en Champagne-Ardenne. Il a ensuite intégré le ministère du Travail où il assurait le contrôle de gestion des contrats aidés.

Mais son talent lui vient peut-être aussi de son origine sociale modeste et provinciale. Né à La Rochelle, puis ayant fait des études de lettres à Dijon, il est ensuite « monté » à Paris pour y intégrer la prestigieuse Sciences po. « Je n'avais pas les codes », se souvient-il. Très sensible au mépris social dont font preuve, consciemment ou inconsciemment beaucoup de nos concitoyens, « qui n'ont jamais rencontré de gens d'autres milieux parlant d'autres langages », il a envie de transmettre aux jeunes en galère toutes les ficelles du marché de l'emploi mais aussi les codes sociaux. « Il faut à la fois entrer de plain-pied dans leur langage et en même temps le critiquer. »

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Funambule et cracheur de feu

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Pierre-Louis aime aussi partager sa passion pour les mots, pour les images, pour la culture en général. Il anime depuis longtemps des ateliers d'écriture dans des bibliothèques, des salons ou des centres sociaux. En 2009, en tant que président de l'Association Paris Culture 20e, il a contribué à la mise en place du festival « Et 20 l'été », un festival qui propose des spectacles gratuits dans les rues et les jardins du 20e arrondissement de Paris. Il a aussi organisé l'ensemble des conférences proposées par la mairie du 20e. Des conférences de haut niveau sur la philosophie, la musique, l'économie, l'art contemporain... Ces conférences, gratuites, existent toujours. C'est en recrutant certains de ces conférenciers qu'il a rencontré Barbara Boehm, avec laquelle il a monté une exposition sur le « street art ». Barbara lui a parlé des sessions qu'elle menait avec les jeunes décrocheurs et lui a proposé d'y participer. Ils sont vite devenus complices. A 70 ans, ce passionné de théâtre vient de soutenir une thèse sur Georges de Scudéry, un dramaturge baroque du 17e siècle qui était aussi un grand collectionneur de peintures.

À propos de théâtre, n'oublions pas que Pierre-Louis, dans sa jeunesse étudiante, a participé à des spectacles de rue comme … cracheur de feu et funambule. « C'est peut-être là que j'ai appris à conserver l'équilibre, à être à la fois dans le concret et dans l'exigence », remarque-t-il

(1) Dispositif d’accompagnement de jeunes de 16 à 25 ans en situation de précarité.

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Quelques enseignements tirés du parcours de Pierre-Louis

Joël

Remarquable portrait d’un multi talentueux dans le domaine des arts, découvreurs de talents.

Je suis particulièrement sensible à la découverte de l’écriture des haïkus à laquelle je me suis livré récemment.

Quant à la confrontation avec le monde politique « Sciences po ! » il est le lot de tous les provinciaux qui arrivent à Paris.

Je n’ai pas eu personnellement l’expérience du Street art mais je suis reconnaissant à ces artistes d’enjoliver les rues parfois tristes de certains quartiers urbains.

A propos du théâtre de rue, c’est effectivement le lieu d’émancipation personnel incontestable.

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